Entretien avec Delphine Perrella, hypnothérapeute


Questions-réponses


Q : Pourquoi avoir choisi d’être hypnothérapeute ?
R : En vérité, je n’ai pas choisi. Au risque de vous paraître étrange, je dirais que c’est l’hypnothérapie qui m’a choisie.

Q : Vous voulez dire que ce choix procède d’une révélation ? Un peu comme la conversion de Paul sur le chemin de Damas ?
R : (rire) Pour avoir fait un bachelor en théologie à l’Université de Genève, je peux vous affirmer n’avoir eu aucune vision ni révélation. En fait, c’est une autre rencontre qui m’a fait prendre le chemin de l’évidence: celui de la rencontre avec moi-même.

Q : Vous faites référence à un événement en particulier ?
R : Si entamer un travail thérapeutique sur soi-même est un événement particulier, alors oui.

Q : Pouvez-vous nous dire quel type de thérapie vous avez suivi ?
R : Il est difficile de répondre à votre question, pour la simple et bonne raison que je n’en ai aucune idée. Pour être franche, j’ai poussé la porte d’un psychiatre qu’une amie m’avait recommandé. A ce moment-là, j’étais loin d’imaginer que 10 ans plus tard, je consulterais toujours, même si, dans l’intervalle, j’ai changé de psy. C’est petit à petit que j’ai ressenti les bienfaits de ce voyage hebdomadaire, libre d’exprimer ce que je pouvais ressentir, face à une personne qui vous écoute avec bienveillance et dénuée de tout jugement.

A l’époque, je ne me suis pas demandé si je suivais une psychothérapie de type comportementaliste, psychanalytique ou systémique. Aujourd’hui, en tant que thérapeute, je comprends que c’était un peu des trois.


Q: En général, ce sont les personnes souffrant de pathologies qui consultent les médecins psychiatres? Vous êtes loin de la représentation que l'on peut se faire d'un malade mental.

R : Déjà, il faudrait s’accorder sur ce que l’on entend par « malade mental ». En principe, les personnes qui souffrent de graves troubles psychiques sont hospitalisées. Les psys que l’on consulte en cabinet (bien entendu je parle des psys qui sont aussi thérapeutes) aident principalement les patients à trouver un équilibre dans leur vie entre la représentation qu’ils se font de la réalité, leurs envies et les limites fixées par l’ordre social. Bref, si vous ne savez pas ce que vous voulez dans la vie vous ne pouvez pas trouver ce dont vous avez besoin: alors vous allez consulter.

Q : Vous faites une distinction entre médecins psychiatres et psychiatres psychothérapeutes ?
R : Oui, en effet. Pour être également psychothérapeute, il faut avoir suivi soi-même une longue psychothérapie ou une psychanalyse. La différence est fondamentale. Un médecin n’est pas un magicien. Il a les mêmes problématiques et se pose les mêmes questions que n’importe qui. Il a un vécu, des parents, des amis, des enfants et des problèmes. Mais pour être un thérapeute, il doit commencer par faire le ménage dans son esprit avant d’aller aider au rangement dans la tête d’un autre.

Q : Ok. Alors, à travers la thérapie, vous réalisez que votre vie ne correspond pas à la personne que vous découvrez ?
R : Absolument. Faire une thérapie c’est d’abord s’engager soi-même. Le plus difficile est de ne pas abandonner, surtout quand c’est désagréable. C’est comme jouer aux legos. Vous commencez par démonter les pièces de votre vie, mais vous ne savez pas ce que vous pourrez reconstruire. Il faut vraiment se convaincre que c’est pour un mieux. Sinon, il est préférable de rester à la maison. C’est au cours de ces séances que j’ai voulu reprendre des études universitaires.

Q : En théologie ? mais quel rapport avec votre profession ?
R : Il faut bien comprendre que j’étais dans une quête profonde du sens de ma vie. Etudier la théologie, c’était questionner l’existence de Dieu, de la foi et des croyances. Mais aussi une manière de questionner la société, nos racines.
Aujourd’hui, on revendique des racines chrétiennes pour justifier la peur de l’autre. On défend l’idée d’un état laïc qui propose de reconnaître certaines religions à certaines conditions. Si alors les religions doivent modifier leurs croyances (dogmes religieux) pour être reconnues par l’Etat, cela signifie que l’Etat crée des religions. Vous y comprenez quelque chose? Moi non plus! 
C’est pour cela que j’ai repris le chemin des études. On a souvent de la peine à comprendre que tout est lié. Un patient est une personne de chair et de sang qui vit dans une société. Sa façon de penser et de se déterminer n’est pas indépendant de l’environnement dans lequel il évolue. La psyché est indissociable de l’être social. La vie ne cloisonne pas.

Q : Vous avez aussi travaillé aux aumôneries de l’hôpital ?
R : Oui et c’est dans le contexte de l’accompagnement de patients en milieu hospitalier que j’ai voulu trouver des outils « scientifiques » en complément de ce que l’on m’avait enseigné. J’avais fait de l’auto-hypnose pour arrêter de fumer. J’ai pensé que c’était une piste. J’ai trouvé la seule formation reconnue à l’époque et deux ans plus tard, j’ai décroché mon diplôme.

Q : A vous entendre, on a l’impression que finalement, changer de cap était plutôt simple. Entre vos études universitaires, votre cursus en hypnose, l’accompagnement aux HUG, mère de deux petits enfants... N’avez-vous jamais douté de vos choix?
R : Bon, cela demande une certaine discipline pour éviter de se faire déborder. Il faut renoncer à certains loisirs, accepter de s’arracher les cheveux sur des textes en hébreu quand vos amis sont au bord de la piscine.
Voyez-vous, le doute est fondamental et constructif pour se repositionner dans la vie. Douter signifie qu’on a le choix. Les certitudes sont l’apanage des ignorants et des régimes totalitaires.

Q : Qu’aimez-vous dans votre travail ?
R : L’étonnement du patient quand il découvre le beau dans ce qu’il pensait être le côté sombre et laid de son être. Comme hypnothérapeute, je travaille dans un champ thérapeutique caractérisé par une grande proximité avec le patient: être très proche de lui, physiquement, va créer une sorte de bulle thérapeutique spécifique et particulièrement performante dans le processus. Ainsi, si je commence à penser à mes courses ou, à autre chose, le patient s’en aperçoit automatiquement et le lien thérapeutique est rompu. Donc je dois être parfaitement présente. Pour cela, il n’y a pas de miracle ! Il n’y a qu’un moyen: je dois être en permanence à l’écoute de mes ressentis et de mes intuitions qui sont induites par le patient. Être thérapeute, c’est bien plus que faire ou dire des choses. C’est d’abord être sensible à l'autre.

Q : Que diriez-vous à quelqu’un qui craint d’aller consulter ?
R : Je lui dirais que sa peur le regarde et qu’il doit faire un choix. Soit d’aller consulter, soit de ne pas y aller. La peur n’a qu’une fonction, celle d’appeler au déplacement ! Dès qu’il aura fait son choix, d’y aller ou pas, il n’aura plus de crainte. C’est aussi simple que cela. Nous compliquons beaucoup les choses, nous, les humains. C’est poétique. Pour avoir traversé cet énorme désert, je peux vous dire qu’il faut du courage et de la persévérance pour être curieux, puis pour finalement accepter ce que l’on va découvrir.

Q : Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
R : Laissez-moi réfléchir un instant…Beaucoup de bonheur ? N’est-ce pas ce que chacun souhaite ?